4805 Bd du Chanoine Moreau Trois-Rivières, (QC) G8Y 1S4
Infos : 819 697-314630 ans d'expertise et ça continue
Auteur : Marie Lefebvre, Directrice de la TAAAM
Parution : Journal Clic Aînés | Volume 4 | Numéro 1 | Mars 2024
Encore peu reconnue, peu dénoncée ou gardée sous silence la maltraitance est toujours bien présente en 2024.
Elle touche bien entendu les personnes aînées mais également toutes personnes majeures de plus de 18 ans. On parle de maltraitance quand une attitude, une parole, un geste ou un défaut d’action appropriée, singulier ou répétitif, se produit dans une relation avec une personne, une collectivité ou une organisation où il devrait y avoir de la confiance, et que cela cause, intentionnellement ou non, du tort ou de la détresse chez une personne adulte. Insidieuse et inacceptable, la maltraitance est souvent invisible et peut prendre différentes formes ; soit la violence ou la négligence en plus de se déployer sous différents types.
La violence c’est de malmener une personne ou la faire agir contre sa volonté en employant la force ou l’intimidation. La négligence c’est de ne pas se soucier de la personne, notamment par une absence d’action appropriée afin de répondre à ses besoins. Quant aux types de maltraitance, elles se reconnaissent sous sept différents types.
La vulnérabilité…
Pour comprendre le phénomène complexe de la maltraitance, il faut également s’intéresser aux facteurs de vulnérabilité de la personne qui subit la maltraitance. La vulnérabilité est une condition liée à l’environnement ou à une suite d’événements vécus par la personne. Fait à remarquer, la vulnérabilité n’est pas toujours associée aux problématiques survenant avec le grand âge. Toute personne adulte peut être à risque de vulnérabilité dans sa vie, et celle-ci ouvre bien entendu la porte à la maltraitance, d’où l’importance de s’entourer de personnes bienveillantes lorsque l’on se retrouve dans une situation qui est hors de notre contrôle. (Maladies, décès, perte d’emploi, séparation, etc).
Définition de la vulnérabilité : Une personne majeure dont la capacité de demander de l’aide est limitée temporairement ou de façon permanente, en raison notamment d’une contrainte, d’une maladie, d’une blessure ou d’un handicap, lesquels peuvent être d’ordre physique, cognitif ou psychologique.
Les 2 formes de maltraitance
La violence c’est de malmener une personne ou la faire agir contre sa volonté en employant la force ou l’intimidation.
La négligence c’est de ne pas se soucier de la personne, notamment par une absence d’action appropriée afin de répondre à ses besoins.
Quant aux types de maltraitance, elles se reconnaissent sous sept différents types. La négligence c’est de ne pas se soucier de la personne, notamment par une absence d’action appropriée afin de répondre à ses besoins.
Les 7 types de maltraitance
Âgisme : Violence : Imposition de restrictions ou de normes sociales en raison de l’âge, réduction de l’accessibilité à certaines ressources ou à certains services, préjugés, infantilisation, mépris, etc. Négligence : Indifférence à l’égard des pratiques ou des propos âgistes lorsque l’on en est témoin, etc.
Physique : Violence : Bousculade, rudoiement, coup, brûlure, alimentation forcée, administration inadéquate de la médication, utilisation inappropriée de contentions (physiques ou chimiques), etc. Négligence : Privation des conditions raisonnables de confort, de sécurité ou de logement, non-assistance à l’alimentation, à l’habillement, à l’hygiène ou à la médication.
Psychologique : Violence : Chantage affectif, manipulations, humiliations, insultes, infantilisation, dénigrement, menaces verbales et non verbales, privation de pouvoir, surveillance exagérée des activités, propos xénophobes– sexistes, homophobes – biphobes ou transphobes, etc. Négligence : Rejet, isolement social, indifférence, désintéressement, insensibilité, etc.
Violation des droits : Violence : Imposition d’un traitement médical, déni du droit de choisir, de voter, d’avoir son intimité, d’être informé, de prendre des décisions ou des risques, de recevoir des appels téléphoniques ou de la visite, de pratiquer sa religion ou sa spiritualité, etc. Négligence : Non-information ou mésinformation sur ses droits, ne pas porter assistance dans l’exercice de ses droits, non‑reconnaissance de ses capacités, refus d’offrir des soins ou des services, lorsque justifiés, etc.
Matérielle ou financière : Violence : Pression à modifier un testament, transaction bancaire sans consentement. Détournement de fonds ou de biens, prix excessif demandé pour des services rendus, transaction contractuelle ou assurantielle forcée ou dissimulée, usurpation d’identité, signature de bail sous pression, etc. Négligence : Ne pas gérer les biens dans l’intérêt de la personne ou ne pas fournir les biens nécessaires. Ne pas s’interroger sur l’aptitude d’une personne, sa compréhension ou sa littératie financière, etc.
Organisationnelle : Violence : Conditions ou pratiques organisationnelles qui excluent les personnes aînées des prises de décisions qui les concernent, qui entraînent le non-respect de leurs choix ou qui limitent de façon injustifiée l’accès à des programmes d’aide, etc., Négligence : Offre de soins ou de services inadaptée aux besoins des personnes, directive absente ou mal comprise de la part du personnel, capacité organisationnelle réduite etc..
Sexuelle : Violence : Propos ou agression à caractère sexuel, privation d’intimité, Négligence : Traiter la personne aînée comme un être asexuel et/ou l’empêcher d’exprimer sa sexualité.
Quelques statistiques…
Selon les résultats de l’Enquête sur la maltraitance envers les personnes aînées au Québec faite en 2019, 5,9 % des répondants ont déclaré avoir subi de la maltraitance au cours de la dernière année. (Personnes aînées de 65 ans et plus vivant à domicile). Cette prévalence de la maltraitance, n’est que la pointe de l’iceberg.
On suspecte que le pourcentage des cas de maltraitance au sein de la population ainsi que dans les milieux de vie pour les personnes aînées, est fort probablement plus élevé. Cette interrogation est liée au fait que la maltraitance est encore taboue et peu dénoncée. On remarque que plusieurs situations de maltraitance naissent malheureusement d’une dynamique familiale malsaine. Peur, honte, impuissance et culpabilité sont des sentiments qui freinent donc la dénonciation.
Par ailleurs, la maltraitance psychologique ainsi que la maltraitance financière et matérielle sont les types les plus fréquemment rapportés. Certaines personnes maltraitées sont même victimes de plusieurs types de maltraitance en simultanée.
De plus, il existe une différence significative selon le genre et le groupe d’âge. On dénote un plus grand nombre de femmes victimes de maltraitance. Les femmes sont-elles plus enclines que les hommes à dénoncer une situation de maltraitance ? Qu’elle soit faite de façon intentionnelle ou non on ne doit pas banaliser la maltraitance car ses conséquences sont lourdes et graves pour la personne qui en est la victime.
Mais qui sont les personnes qui maltraitent ?
Les auteurs de la maltraitance sont bien souvent des personnes qui entretiennent une relation de proximité, de confiance ou de dépendance avec la personne aînée. Les membres des familles, les proches, le ou la conjointe, mais aussi les soignants ou les préposés qui rendent des services à domicile sont des exemples de personnes pouvant devenir des auteurs de maltraitance. Certains facteurs de risques ou des problématiques diverses sont à l’origine du développement d’une situation de maltraitance. (Violence conjugale, problèmes de santé mentale, physiques ou cognitives, problèmes de dépendance aux substances, stress et épuisement de l’aidant).
De plus, différents facteurs de risques liés à la personne ou à son environnement peuvent favoriser le développement de situations de maltraitance.
Il est important de ne pas mettre une étiquette aux personnes qui sont présumées maltraitantes. Il faut d’ailleurs comprendre les motifs, la situation mais également le lien de dépendance qui unit les personnes dans cette problématique. Certes la maltraitance est inacceptable, mais actuellement il existe peu de programmes pour les personnes maltraitantes. En résumé, les personnes maltraitées ont besoin de soutien et les personnes maltraitantes ont besoin d’aide.
Les freins à la demande d’aide
Lorsqu’une personne aînée subit de la maltraitance de la part d’un proche, d’un aidant ou d’un membre de la famille, il devient difficile et gênant de dénoncer la maltraitance dont elles sont victimes pour plusieurs raisons bien particulières.
·Peur des représailles ou des conséquences, peur que la situation s’aggrave, voire la peur de quitter leur domicile et d’être admis dans un centre d’hébergement.
·Protection des liens familiaux (lien de dépendance ; éviter de causer du tort à la personne maltraitante).
·Crainte de l’isolement du rejet et de la rupture des liens.
·Sentiment de honte, de gêne, et de culpabilité.
·Manques de capacités (physiques, psychologiques, sociales ou financières). ·Méconnaissance de la problématique et des ressources ou méfiance à les utiliser.
Conséquences de la maltraitance
·Apparition de séquelles physiques temporaires ou permanentes ;
·Apparition d’idées suicidaires et de comportements destructeurs;
·Augmentation de la maladie et de la mortalité;
·Perte des épargnes prévues pour assurer son bien-être;
·Développement d’anxiété, de confusion, de dépression;
·Repli sur soi;
·Sentiment croissant d’insécurité;
·Augmentation de la fréquentation des urgences;
·Suicide comme conséquence ultime.
Facteurs de risques
·Problème de santé physique;
·Pertes cognitives;
·Dépression;
·Faible revenu;
·Isolement social;
·Cohabitation avec la personne maltraitante;
·Antécédents de violence familiale;
·Conflits et tension dans une relation d’aide;
·Dépendance financière.
Piste d’intervention
Vous êtes témoin d’une situation de maltraitance ? Sachez que toute personne repérant une situation de maltraitance, peut la dénoncer aux ressources appropriées. Intervenir dans une situation de maltraitance peut sembler complexe et semer le doute et la peur. Il est important de surmonter les hésitations et d’aborder délicatement le sujet avec la personne concernée. Voici quelques pistes d’intervention et ressources afin d’aider et de soutenir la personne maltraitée.
Reconnaître les indices de maltraitance, (soupçons, inquiétudes, changement de comportements)
Nommer les faits sans jugement et ce qui vous préoccupe envers la personne maltraitée
Vérifier et poser des questions ouvertes. (Pouvez-vous me décrire comment ça va à la maison?)
Mais avant toutes démarches, il est important de créer une relation de confiance avec la personne et de choisir un moment opportun pour ouvrir la communication.
Assurez-vous d’avoir toujours le consentement de la personne et soyez à l’écoute. Vous devez respecter les limites, les décisions et les choix de la personne, sans la juger, ni la confronter. Vous pouvez également demander à la personne si elle accepte votre aide et à qui elle veut en parler.
Qui contacter?
LA PERSONNE ACCEPTE DE RECEVOIR DE L’AIDE
Ligne Aide Maltraitance Adulte Aînés
1-888-489-2287
CLSC ou 8-1-1 option 2
Organismes communautaires du milieu
LA PERSONNE REFUSE L’AIDE
Continuer d’assurer une surveillance et un
rôle de vigilance.
Si la situation implique un risque sérieux
pour la sécurité physique ou
psychologique de la personne, vous devez
contacter les services d’urgence (9-1-1).
Autres ressources traitant la maltraitance
Commissaires aux plaintes et à la qualité des services 1-888-693-3606
Plaintes réseau de la santé et maltraitance
Curateur public 1-844-532-8278
Personne inapte
Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse 1-800-361-6467
Exploitation/discrimination/droits de la personne
Autorité des marchés financiers 1-877-525-0337
Maltraitance financière
Centre d’assistance et d’accompagnement aux plaintes 1-877-767-2227
Plaintes, insatisfaction et bail en résidence privée pour aînés
Sûreté du Québec
Maltraitance criminelle 9-1-1 ou 310-4141
8-1-1 option 2 8-1-1 option 1
Info social, ressource et soutien psychosocial,
Aide en lien avec la maltraitance par un proche ou la famille.
En terminant, si vous êtes victime d’une situation de maltraitance, sachez qu’il existe des ressources et des services pour dénoncer et vous soutenir en lien avec la maltraitance. Vous pouvez demander à un proche en qui vous avez confiance afin de vous aider et de vous épauler dans cette situation. Croyez en vos forces et vos capacités afin de retrouver le pouvoir et le contrôle de votre vie.
Marie Lefebvre
Directrice générale -Table Action Abus Aînés Mauricie inc.
819 697-3146
SOURCES
Reconnaître et agir ensemble, plan d’action gouvernemental pour contrer la maltraitance envers les personnes aînées, 2022-2027
La maltraitance chez les personnes aînées: Piste d’intervention, Andrée-Anne Lepage, D.ps, Université du Québec à Trois-Rivières, 2023-La maltraitance envers les aînés, Changer le regard, Beaulieu, Bergeron-Patenaude, 2012